QPC : Le Conseil constitutionnel tranche en faveur d’une responsabilité allégée des exploitants de forums de discussions

Faisant suite à la Question Prioritaire de Constitutionnalité (évoquée dans l’article précédent), qui lui avait été transmise le 27 juin 2011 par la Cour de cassation, relative à la conformité aux droits et libertés que garantit la Constitution de l’article 93-3 de la loi n°82-652 du 29 juillet 1982 sur la communication audiovisuelle, le Conseil constitutionnel vient de se prononcer par le biais d’une décision n°2011-164 en date du 16 septembre 2011.

Le Conseil constitutionnel retient notamment que « le dernier alinéa de l’article 93-3 précité prévoit (….) à certaines conditions, que, lorsque l’infraction résulte du contenu d’un message d’un internaute diffusé par un service de communication au public en ligne, la responsabilité pénale du directeur ou du codirecteur de la publication n’est engagée que s’il avait connaissance du message avant sa mise en ligne ou si, dès qu’il en a eu connaissance, il n’a pas agi promptement pour le retirer ; qu’à défaut, lorsque ni le directeur de la publication ni l’auteur ne sont poursuivis, le producteur est poursuivi comme auteur principal » avant d’ajouter « qu’il résulte de ces dispositions, telles qu’interprétées par la Cour de cassation dans ses arrêts du 16 février 2010 susvisés, que la personne qui a pris l’initiative de créer un service de communication au public en ligne en vue d’échanger des opinions sur des thèmes définis à l’avance peut être poursuivie en sa qualité de producteur ; que cette personne ne peut opposer ni le fait que les messages mis en ligne n’ont pas fait l’objet d’une fixation préalable ni l’absence d’identification de l’auteur des messages » ;

Il en déduit ensuite qu’ « il résulte des dispositions déférées que le créateur ou l’animateur d’un tel site de communication au public en ligne peut voir sa responsabilité pénale recherchée, en qualité de producteur, à raison du contenu de messages dont il n’est pas l’auteur et qui n’ont fait l’objet d’aucune fixation préalable ; qu’il ne peut s’exonérer des sanctions pénales qu’il encourt qu’en désignant l’auteur du message ou en démontrant que la responsabilité pénale du directeur de la publication est encourue ; que cette responsabilité expose le producteur à des peines privatives ou restrictives de droits et affecte l’exercice de la liberté d’expression et de communication protégée par l’article 11 de la Déclaration de 1789 »  avant d’indiquer que « compte tenu, d’une part, du régime de responsabilité spécifique dont bénéficie le directeur de la publication en vertu des premier et dernier alinéas de l’article 93-3 et, d’autre part, des caractéristiques d’internet qui, en l’état des règles et des techniques, permettent à l’auteur d’un message diffusé sur internet de préserver son anonymat, les dispositions contestées ne sauraient, sans instaurer une présomption irréfragable de responsabilité pénale en méconnaissance des exigences constitutionnelles précitées, être interprétées comme permettant que le créateur ou l’animateur d’un site de communication au public en ligne mettant à la disposition du public des messages adressés par des internautes, voie sa responsabilité pénale engagée en qualité de producteur à raison du seul contenu d’un message dont il n’avait pas connaissance avant la mise en ligne ; que, sous cette réserve, les dispositions contestées ne sont pas contraires à l’article 9 de la Déclaration de 1789 ».

Il décide donc que « sous la réserve énoncée au considérant 7, l’article 93-3 de la loi n° 82-652 du 29 juillet 1982 modifiée sur la communication audiovisuelle est conforme à la Constitution ».

Cette décision, très attendue, vient réparer une forme d’injustice qui pesait sur les épaules de l’exploitant d’un forum de discussion lequel, dans l’hypothèse où l’auteur du message litigieux était resté inconnu ou celle où le directeur de publication n’avait pas eu connaissance du message avant sa publication, ne pouvait opposer de moyens de droit pour se défendre d’être qualifié d’auteur principal de l’infraction de presse commise.

Il lui sera maintenant possible de démontrer que faute d’avoir eu connaissance du message litigieux avant sa mise en ligne, sa responsabilité ne saurait être engagée en tant que producteur.

Publicités

À propos de Sadry PORLON

Avocat au Barreau de Paris Docteur en Droit

Une Réponse vers “QPC : Le Conseil constitutionnel tranche en faveur d’une responsabilité allégée des exploitants de forums de discussions”

  1. un magnifique doublon de la lcen qui vient compliquer inutilement les choses.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s